La Phobie Scolaire

Quelques définitions:

 

Le terme de PHOBIE SCOLAIRE est utilisé dès 1941 par A.M. JOHNSON comme une "intense terreur associée au fait d'être à l'école" . Pour lui, l'enfant est incapable de se rendre à l'école et cela est totalement indépendant de sa volonté.

 

En 1974, la définition du Dr AJURIAGUERRA, neuropsychiatre, est celle qui sera le plus communément utilisée: "il s'agit de jeunes qui, pour des raisons irrationnelles, refusent de se rendre à l'école et résistent avec des réactions d'anxiété très vives ou d'angoisse si on les force à y aller".

 

En 2011, elle est définie  dans le Journal Officiel : "la phobie scolaire, ou refus scolaire anxieux, est une manifestation de refus de la fréquentation scolaire, à distinguer du refus d'apprendre ou de difficultés d'apprentissage".

 

Enfin, la Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent R-2012 retient la définition suivante:  "Manifestation d'angoisse majeure avec souvent phénomène de panique, liée à la fréquentation scolaire et interdisant sa poursuite sous les formes habituelles."

En résumé, les enfants ou adolescents atteints de phobie scolaire sont submergés par une forte et incontrôlable angoisse à l'idée de se rendre  dans leur établissement scolaire, qui les empêche d'y aller et cela indépendamment de leur envie d'apprendre ou de leur goût pour les études.

 

Il est très difficile de la  quantifier du fait de la diversité des causes d'absentéisme, et de l'absence de diagnostic dans de nombreux cas. Si on sait que les "hors circuit du travail, de l'éducation ou de la formation " ("not in employment, education or training) de la tranche d'âge des 15/19 ans représentent 6.1% des ados en France (8.5% au Royaume Uni, 11.1% en Espagne, 11.7% en Allemagne et seulement 1.9% aux Pays Bas), on estime que la phobie scolaire concerne  1 à 5 % de la classe d'âge des 12/19 ans.

 

Elle atteint toutes les catégories socio-professionnelles, garçons comme filles, bons élèves comme moins bons. Elle représente  5% des motifs de consultation en pédopsychiatrie.

 

Le terme phobie ne semble pas correspondre, puisqu'il n'est pas référencé dans le DSM-V (publié par l'association américaine de psychiatrie depuis plus de 60 ans, le Diagnostic Manual of Mental  Disorders, ouvrage de référence pour les professionnels de la classification des troubles mentaux). On y retrouvera une déclinaison  en : anxiété de séparation, phobie sociale, et stress post-traumatique.

Il est vrai qu'elle ne correspond pas aux descriptions classiques des phobies: le déclencheur n'est pas clairement identifié (école, professeurs, élèves, fait de quitter ses parents ou son domicile…).

 

 

Les causes de la phobie scolaire sont de deux sortes, individuelles et environnementales.

 

Situations difficiles liées à l'environnement de l'école:

 

- des situations de violence (tels que harcèlement, cyberharcèlement)

- des difficultés ou des efforts pour s'adapter, d'ordre scolaire (jeune ayant un DYS par exemple), ou au sein du groupe d'élèves (timidité, moqueries).

- difficulté avec un professeur

- Echec à un contrôle ou dans une matière

 

Situations individuelles vécues par le jeune sans lien direct avec l'école:

 

- peur du jugement

- angoisse de séparation

- phobie sociale

- traumatisme lié à un événement (changement dans la vie du jeune du type décès d'un proche, déménagement ,changement d'école…)

- Pression scolaire, peur excessive de l'échec

- maladie qui a isolé quelques temps

- rupture amoureuse

- sentiment de mal-être diffus

 

C'est souvent la résultante d'une somme de causes environnementales et individuelles qui conduisent à la phobie scolaire. Les facteurs sont multiples et difficilement transposables.

 

La phobie se manifeste soit de manière progressive, soit brutalement ( rentrée scolaire, retour de vacances, ou suite à un événement).

L'enfant ou l'adolescent présente une angoisse forte qui peut s'accompagner de manifestations physiques (nausées, maux de tête ou de ventre, sueurs, malaises, cœur qui bat très vite…) ou émotionnelles ( pleurs, cris, agitation, violence…) au moment de se rendre à l'école.

 

Il est important de ne pas confondre ce trouble avec d'autres qui peuvent s'en rapprocher du fait d'un absentéisme répété : le jeune en phobie scolaire ne cache pas sa situation à ses parents, contrairement à l'école buissonnière. il a toujours le désir d'apprendre, contrairement au décrochage scolaire. Il ne s'adonne pas à des conduites addictives (jeux vidéos, drogues…).

 

Il existe certains risques associés comme les troubles du sommeil, la baisse d'estime de soi, le mutisme et cela peut conduire à terme à de l'isolement social, de la dépression, voire des risques suicidaires.

 

Pour les parents, la situation est également très compliquée : après les phases de négociation, de douceur, de menaces, de punition, eux aussi peuvent être touchés par le découragement pouvant aller jusqu'à la dépression, l'arrêt d'activité professionnelle, la désocialisation et le burnout.

 

La prise en charge du trouble, pour être efficace, doit se faire en collaboration étroite entre l'élève, la famille, l'école et les soignants.

Elle repose souvent sur un suivi psychologique pour l'enfant ( souvent de type psychothérapie cognitivo- comportementale), parfois sur une thérapie familiale, et sur la mise en place de mesures concrètes pour permettre une réinsertion scolaire progressive.

 

La phobie scolaire, est concernée par la loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, au même titre que la totalité des troubles psychiques. Dans ce cadre, des projets tels que le Projet  d'Accueil Individualisé ( PAI) peuvent être mis en place pour favoriser la réinsertion scolaire.

Il relie les enseignants et les soignants et précise les modalités d'accueil de l'enfant dans l'établissement ou hors établissement. Bien entendu, la famille doit être consultée, entendue et respectée pour que cela ait du sens.

 

Les parents sont un élément essentiel sur lequel le jeune ainsi que les équipes de professionnels et éducatives doivent s'appuyer. Il sont un des socles de l'accompagnement pluridisciplinaire. Il est primordial de cesser de les stigmatiser, de les juger défaillants, trop fusionnels ou responsables, afin d'éviter leur isolement.

 

Il est temps de prendre autant soin d'eux que de l'élève, de leur redonner leur place essentielle auprès de lui pour les aider dans leurs besoins de confiance et de soutien, d'écouter les ressentis de chacun, et reconnaître avec bienveillance la souffrance et le stress de toute la cellule familiale.
C'est à cette condition que l'évolution pourra être positive pour tous.